Pour autant que je me souvienne, il me semble que la journée internationale de la femme était, à l’origine, un truc pour dénoncer les violences, brimades et autres inégalités dont sont victimes les femmes dans le monde. Quoi que je doute que cette initiative quelque peu simpliste soit une réelle solution, sur le principe, je n’ai rien à redire. Et après tout, il n’est pas inutile que le monde entier sache que certains pays/peuples considèrent les êtres de sexe féminin comme quantité négligeable, punching ball, matrice, bonniche, etc. Il n’est pas totalement inutile de rappeler que dans les pays développés, elles ne jouent pas dans la même cour d’école professionnelle et/ou politique. 

Bon. 

Je ne vais pas vous refaire l’histoire, mais c’est un phénomène inégalement réparti sur la planète, et dans nos contrées, particulièrement en vogue depuis l’avènement de certaines religions monothéistes. Et malgré tout, on observe leur influence depuis toujours, fines politiciennes, conseillères, manipulatrices, empoisonneuses, prenant en main les affaires de la maison (celle-ci pouvant être une nation toute entière), quand ces messieurs partaient guerroyer. Et parfois, je me dis que si elles n’ont pas pris le pouvoir pour de bon, c’est ptet que dans l’ensemble… elles s’en foutent. Oh, pas toutes, bien entendu, mais dans la grande majorité, les femmes ne grandissent pas avec pour principal objectif (et principe éducatif) de prouver qu’elles ont la plus grosse ou qu’elles pissent le plus loin. 

Tout cela est bien joli, mais qu’en est-il aujourd’hui ? La journée de la femme est devenue l’occasion pour certains de se grimer et se coller sur des talons haut en tortillant du cul en guise d’espèce d’hommage, aux humoristes d’en rajouter une couche, avec parfois finesse, intelligence et tendresse, parfois avec toute la lourdeur et la connerie dont les beaufs sont capables. Pour le reste, on assiste en vrac au marronnier traditionnel, version dinde même pas de Noël, les salaires plus bas, plus de chômage, plus de temps partiel, plus de précarité, moins de places dans les hautes sphères politiques et économiques. Et on veut mettre des quotas. Comme pour les vaches laitières dites donc. Je vais peut-être me faire des ennemi(e)s, mais je suis totalement contre les quotas, quels qu’ils soient. Parce que ce sont les mentalités qui doivent changer, pas les lois. 

Et puis une fois les bonnes résolutions prises, on peut enfin s’occuper du fond du problème, mesdames : cette vilaine peau d’orange disgracieuse, ces moches bourrelets, vos seins qui tombent, vos rides qui osent venir marquer votre si doux visage quinquagénaire, vos lèvres trop minces (on voit mal les galons mon général ?). D’un autre côté, pendant que vous vous faites refaire du sol au plafond, on va lâcher vos mâles seuls dans la nature avec la progéniture qu’ils ont bien voulu vous faire (vous vous rendez compte ? Michel a découvert sa fille (si j’en crois la bande annonce)!  ben mon con, le père de mes gosses, il a pas eu besoin qu’on m’expédie je-ne-sais-où, ni de caméras indiscrètes, pour se rendre compte qu’il en avait !). Donc pendant qu’on va se faire un peu plus pute, vous allez vous faire mèmère. Oui oui oui, je sens qu’on va avancer avec ça !

Voyons le côté ménage/enfants. Bien. Jusqu’à il y a peu, nos mères nous transmettaient le mode d’emploi de la maison, et de l’élevage. Ce qui n’empêche pas de se consacrer aussi à une vie professionnelle. Et pendant ce temps là, on inculquait à nos futurs compagnons la religion du foot, de la bière, de la mécanique et éventuellement pour les modèles les plus avancés, avec option jardinage/bricolage. Quelques bugs par-ci par-là, ont généré des énergumènes mixtes, genre modèle mâle capable de faire tourner une lessive convenablement, d’étendre le linge à peu près comme il faut, et parfois, de repasser leurs chemises sans faux plis, ou bien modèles femelles aptes à changer une roue, démonter un carbu, planter un clou, monter un meuble de merde les yeux fermés, etc. Sauf que, comme les filles bossent de plus en plus, il a bien fallu que les garçons se mettent naturellement au turbin. Sauf que. Sauf que j’en connais pas mal qui nous les castrent les pauvres petits. Je ne donnerais pas de nom, quoi qu’en principe, peu de chance qu’elles se reconnaissent, elles ne savent même pas que j’ai une existence virtuelle sous un autre nom que le mien. Et quand bien même, je les emmerde. J’en connais donc certaines qui ne les laissent RIEN faire. Changer le gosse ? Tu fermes mal la couche, t’as pas bien fait ci, ça, la vaisselle est mal lavée, le balai, c’est comme ça, laisse, je vais le faire, non, c’est bon, les courses, je les fais, tu vas encore acheter n’importe quoi, etc etc. Et ben oui, mais alors après, ma poule, t’étonne pas que ton mec il en ait ras le bol, et qu’il se la coule douce devant la télé pendant que tu soignes ta névrose du torchon. Le pourquoi du comment j’en sais rien. Enfin, si, pour une, je sais, complexe d’infériorité qui a viré sa cuti, mesdames et messieurs, vous ne me croirez pas mais j’ai l’honneur d’avoir rencontré Wonder Woman en personne ! Quoi que pour la petite histoire, j’ai rarement vu des gosses aussi cons et mal élevés que les siens… mais ne lui dites pas, elle ne le sait pas, elle est une femme parfaite, une amante parfaite -c’est elle qui le dit- une mère parfaite, une ménagère parfaite, une professionnelle parfaite. Moi je dis, y’a du boulot pour les copains psys là ! Et des comme ça, à des degrés plus ou moins atteints, j’en connais un paquet !

Je veux bien qu’il y ait des cons machistes, mais y’a des connes dépourvues de neurones aussi. 

Côté amour. Bah, des fois ça marche, des fois ça marche pas. On a gagné le droit de le dire, et de se défaire des boulets. Il y aura toujours des culs mieux tournés pour piquer les mecs de certaines, des cons qui tirent au kilomètres pour se sentir mecs. Il y aura toujours des nanas qui pensent que oui c’est pour la vie, même si l’autre n’est plus celui qu’elles ont épousé, même si elles se font cogner, même si elles sont trompées, mais bon, elles restent, pour les enfants, pour le fric, la maison, le qu’en-dira-t-on… 

De toute façon, je ne vois même pas pourquoi je me sens concernée. Je ne suis plus une femme, depuis longtemps. Je n’ai que deux choses qui me distinguent : mes cheveux, et le fait que j’ai mis physiquement chacun de mes enfants au monde. Concrètement, ça fait de moi une mère. Pas une femme. 

Non, vraiment pas une femme. Je ne peux pas me plaindre d’être moins bien traitée professionnellement, je n’ai pas de profession. Je ne peux pas me plaindre d’être considérée comme une femme objet, faudrait déjà qu’un individu de type masculin me regarde comme un individu de type féminin identifié comme potentiellement baisable (et pas dans le noir après plus de verres que de raison, ça ne compterait pas, j’en ai vu draguer des lampadaires et des chaises passées certaines limites). Je n’ai pas cette magnifique paire de seins que galberait à merveille le dernier modèle de soutifs à exposer au regard de tous, je n’ai pas un cul à faire se retourner qui que ce soit dans la rue, le mien me servant essentiellement à tenir une position assise. Je ne m’habille pas pour aller arpenter les trottoirs de ma ville, mais peu importe, je suis transparente. Vous ne me voyez pas, vous ne me connaissez pas, si vous me parlez, vous m’oublierez. Et je vous en remercie, je ne suis personne, je ne veux pas d’une journée pour moi, je ne veux pas de vos bonnes intentions éphémère. D’ailleurs, même pas de fête des mères. Pas besoin d’une journée pour le prouver, toute l’année mes enfants me disent qu’ils m’aiment. Et je le leur rends bien.