C’est avec un certain étonnement que j’ai eu vent, ce soir, de la réaction aux polémiques aéronautiques… Ainsi, nos ministres sont priés de prendre leurs vacances en France exclusivement, et tout voyage hors de os frontières sera subordonné à l’accord primo-ministériel. C’est à dire de l’homme même qui a répondu à une invitation ancienne et plusieurs fois réitérée du gouvernement égyptien. Soit. Il suffit donc que leur pote gouvernant à tendance légèrement despotique invite un quidam à plusieurs reprises pour que ça délivre un blanc-seing. Toutefois, j’accorde au chef de gouvernement qu’il n’est pas le premier haut personnage de l’Etat à répondre à ce type de sollicitation. Quoi que je ne sois pas certaine que ça excuse, ce n’est pas parce qu’on a fait des conneries dans le passé, qu’il faut considérer qu’elles peuvent perdurer. Bref. Ce qui est fait, est fait, n’y revenons pas outre mesure et tournons-nous vers l’avenir.

Pour partir, donc, il faudra une autorisation expresse. J’imagine donc, y compris pour quelques vacances prises dans des territoires “sûrs”. Un ptit WE à Londres pour les soldes, et hop, faut lever le doigt, une virée sur les terres natales de la première dame, hop, un ptit mot de sa maman, une razzia dans les chocolateries belges pour se remonter le moral, un tampon sur le formulaire en trois exemplaires. Par contre, trois semaines au soleil tahitien, sur les plages réunionnaises ou un peu de tourisme en Guyane, ça roule ma poule, t’es en France. Ceci étant, ça ne me choque guère que ces gens dont les revenus leur permette d’aller voir du pays le fasse. Ce qui me gène un peu plus, c’est qu’au lieu de remonter quelques bretelles, on va punir des personnalités dont les responsabilités semblent évidentes, comme des gosses de maternelle. 

Parce que sur le principe, ce n’est pas le séjour à l’étranger qui me pose un problème. Son interdiction me semble même une atteinte à la Liberté.

Reprenons le principe des vacances : pouvoir quelques jours s’échapper du quotidien, oublier un peu le boulot, profiter sereinement de ses mômes, son conjoint, ses amis. Certes, ce n’est pas à la portée de tous, j’en sais quelque chose, mais ce n’est pas parce que je n’ai pas les moyens de partir que je compte interdire aux autres d’en faire autant. Et je ne doute pas que nos ministres ont besoin de souffler un peu. Je parle ici de généralités, par rapport à la fonction, et ne tiens en aucun cas compte des personnes actuellement en poste, ni des sentiments que leur travail m’inspire. Un membre de gouvernement, par définition, en démocratie, ça a des partisans, mais ça a également des opposants. Et je peux tout à fait comprendre que ceux-ci, pendant quelques jours, sachant que leurs portables restent allumés et que les techniques actuelles rendent possible un retour rapide en cas de crise qui les concerne, veuillent passer quelques jours sans être abordés, alpaguer, sollicités, que ce soit pour une photo souvenir, un encouragement, ou une bordée d’insultes. Pouvoir aller faire le marché un matin, ou prendre le soleil sur la plage sans avoir à se soucier de l’état de leur brushing, de la couleur de leur coup de soleil ou de ce qu’ils vont acheter pour le déjeuner. Et il me parait difficile de pouvoir passer réellement un peu de temps tranquille sur le territoire. Mais bon, quelques détourneurs d’aides internationales ont bien dû acquérir quelques villas surprotégées dans nos vertes contrées et se feront un plaisir de les prêter à leurs amis. 

Voilà, vous l’avez compris, le lieu des vacances ne change rien au problème des copinages plus ou moins présentables, et prive des citoyens d’un droit que je considère comme légitime. 

Comme toujours,  une crise, une annonce, et un résultat aussi efficace que de l’éosine sur une fracture ouverte… Décidément, ils n’ont rien compris, ne savent gérer ni les crises, ni la communication (encore moins ce délicat exercice qu’est la communication de crise), leurs conseillers sont des champions du monde de l’incompétence, et à mettre un peu de peinture fraîche pour masquer les fissures n’empêchera pas les murs de s’effondrer…