Question du lendemain
Ce matin, je me suis levée de bonheur
La réponse est non, et il m'a même posé un lapin !
Voilà donc de quoi clore en beauté les sabliers d'automne. Bon ok, pour la beauté aussi on repassera... Ce n'est pas grave, l'essentiel, c'est de participer.
Mais que fait la police ?
Je n’ai pas de mot. C’est rare. Mais c’est ainsi. Ma colère est au-delà des mots.
Pourtant il en faut pour me couper la chique. Beaucoup ont essayé, rares sont ceux qui y sont arrivés. Mais là, tout de même, je sèche. Comment est-ce possible ? Non, vraiment, c’est impossible. J’ai beau me pincer, je ne rêve pas. J’ai même pris une douche froide, moi qui n’aime que l’eau très chaude. Mais il a pourtant fallu se rendre à l’évidence.
Quelqu’un a pris mon dernier chewing-gum !
En grève
Je n'ai plus l'habitude de travailler en entendant
des sons humains autour de moi.
Je
n’ai plus l’habitude de travailler tout
court. Ai-je jamais travaillé d’ailleurs ?
Mon dernier souvenir c’est ce rouet. Qui
tourne, la laine qui file entre mes doigts blancs.
Le couic couic du mécanisme. Le chant d’un
oiseau par la fenêtre. Et plus rien. Le noir.
J’ai l’impression qu’un siècle
est passé. Le silence, si assourdissant, pour seul
compagnon.
Et me voilà, étreinte, éveillée, des bruits plein
la tête. Entêtants. Enivrants. Epuisants. Son
souffle me brûle les tympans, les battements de mon
propre coeur résonne dans mes tempes.
Je suis là, assise sur un lit qui doit être le
mien, dans des bras inconnus. Et j’ai tant de
choses à faire. Mes oreilles sifflent de tant de
sons si soudains. Mes yeux brûlent de tant de
lumière. Comme si ils avaient oublié qu’ils
avaient vu autrefois.
Les odeurs m’écoeurent, trop nombreuses, trop
fortes. Mon cerveau est assailli, il n’arrive
plus à comprendre, analyser, trier. Je suis perdue.
Mon coeur bat plus fort, mon corps tout entier
tremble de terreur. J’ai la sensation
qu’on vient de lâcher un barrage d’eau
sur moi, qu’il va m’engloutir, à
jamais. J’ai les idées embrouillées. Je ne
sais pas qui je suis, où je suis, ce que je fais
là.
Il faut que tout cela cesse. Vite. Je me dégage et
me précipite vers la fenêtre. Et je m’envole.
Et je tombe. Tombe. Tombe. Tombe.
AIE ! Merde, je suis tombée du lit. Et je me suis
piquée le doigt en dormant, sur ma broche qui
s’est détachée. Merde, je me suis encore
endormie toute habillée. Quelle heure est-il ? Oh
putain ! Je suis encore à la bourre. Dehors déjà
j’entends les klaxons des voitures.
L’heure de pointe est déjà là, mon bureau est
à l’autre bout de la ville. Oh fais chier,
les grèves, toujours, depuis trois semaines
maintenant. J’entends les premiers piquets de
manifestants dans la rue derrière. Les sirènes des
flics déjà. Et mon bureau qui fait face à la
préfecture. On en a pour la journée de ce
capharnaüm ! Les cris, les chants, la musique, les
slogans scandés en coeur, les pas des CRS sur les
pavés, le bruit des matraques sur les boucliers.
Puis les affrontements. Les téléphones qui sonnent
plus que jamais, sont pas en grève, eux, les
clients non plus. Les imprimantes qui impriment,
les machines à café qui nous maintiennent debout
comme elles peuvent. Mes collègues qui ne se
taisent jamais, se racontent leurs mésaventures du
jour, répondent à leurs appels, tapotent sur leurs
claviers, jouent avec leur stylos. Tirent leur
chaise, la rapproche. Grognent, râlent,
ronchonnent. Les portes qui claques, les fenêtres
qu’on ouvre parce qu’on étouffe (la
clim est en panne, les réparateurs en grève,
forcément), puis qu’on ferment parce que
c’est insupportables. Puis qu’on
calfeutre à l’heure des lacrimos.
Puis le calme dans la rue. Un instant. Juste un
instant. Sitôt celle-ci nettoyée de toute présence,
commence le ballet des engins de nettoyages, les
carshers, les balais, l’armée qui remplace
les employés de mairie en grève aussi. Et les
premières voitures arrivent. Vite. Les freins
couinent, les tôles se froissent parfois, les
places sont chères, premier arrivé, premier servi.
les portes de l’ascenseur, celle de
l’escalier, les bureaux sont envahis de la
horde de pigistes, reporters, photographes qui nous
amènent la récolte du jour. Ils jouent des coudes
pour être devant, le premier qui vendra ses
clichés, se bousculent, s’insultent. Une
vague humaine qui déferlent sur nous comme un
tsunami.
Il faut orienter, regarder, trier, négocier,
pousser un grand coup de gueule pour tenter de
remettre un semblant d’ordre. Puis rédiger,
faire les maquettes, relire, corriger, composer,
vérifier, vérifier encore, discuter des meilleurs
choix. Puis enfin, valider. Et rentrer, comme on
peut. Se coucher. Dormir, habillée encore. Pas le
temps, pas l’envie, pas le courage ne
serait-ce que de manger. Demain est un autre jour,
en tout point semblable à celui-ci.
Je ne supporte plus de travailler dans tout ces
bruits humains.
Bon, ben ça c'est fait. Vais aller noyer ma honte
dans un café tiens.
Dirindal
Anthony
Sébi
Bertrand
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Diablotin
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